Les élèves du lycée de l’alliance

VOYAGE DE MEMOIRE

Sur les traces du judaïsme polonais

9 au 13 mai 2004

Le départ est prévu pour le dimanche 9/5 à 7h55. Les élèves des classes de seconde et première qui participent au voyage ainsi que les accompagnateurs du lycée, Mme E. Bouganim et Mr M. Benhamron, se retrouvent comme convenu, à l'aéroport international de Nice. Dernières recommandations du directeur, Mr Shlomo Botbol, aux revoirs à la fois chaleureux et craintifs des parents, et nous voici partis vers une destination qui, pour la plupart d'entre nous, est source de sentiments de profonde tristesse et de grande méfiance. Après un transit d'une heure à Milan, on s'envole pour Varsovie où l'on fera connaissance des guides Israélien et polonais qui nous feront marcher sur les traces du judaïsme polonais et de sa destruction.

La rencontre avec ces deux pôles, caractéristiques de l'histoire des juifs polonais, est immédiate. Après deux heures de route à travers des campagnes étonnement verdoyantes, nous arrivons à Tykocin, l'un de ces nombreux schtetels d'avant guerre qui comptait plus de 3000 juifs. La présence juive dans ce petit village réputé alors pour sa confection de « Talits » et ses illustres dirigeants spirituels (notons le Maharsha et le Pnei Yehoshua) se limite à un édifice majestueux, la synagogue, bâtie en 1642. Le sort de ses habitants nous conduit à la forêt de Lopokhova à 10 km de là, où face à ces fosses communes dans lesquelles hommes, femmes et enfants trouvèrent la mort, nous récitons pour la première fois le kaddish.

Nous commençons alors à saisir que le revers du sentiment d'admiration qui nous envahit face aux vestiges de l'une des plus florissantes communautés juives du monde durant plus de 700 ans n'est autre que le sentiment d'horreur. A Lublin, nous nous rendons dans le vieux cimetière juif, où notre guide israélien Manu Lesgold, immédiatement adopté par le groupe, nous parle de la naissance du Hassidisme devant la tombe d'un de ses maîtres surnommé le « Voyant de Lublin ». Mais Lublin, c'est également le siège d'une des yechivots les plus renommées tant par l'immensité du bâtiment abritant aujourd'hui une faculté de médecine que par la réussite d'un projet à l'initiative de son ambitieux dirigeant le rav Shappiro: le Daf Hayomi. Et puis tout bascule: A quelques centaines de mètres seulement de Lublin se dresse le camp d'extermination de Majdanek. Rencontre avec la mort et l'impensable, sous les yeux de cette métropole polonaise…le silence du monde.           

Les jours suivants, nous continuons à découvrir la vie juive dans ses multiples dimensions religieuses et culturelles. Visites de synagogues centenaires et magnifiquement décorées (Lançout, synagogues Rama, Tempel et Isaac à Cracovie) dans lesquelles nous entonnons volontiers, en plus des prières habituelles, des chants et danses; visites de cimetières relatant la richesse religieuse des communautés polonaises (tombes de Rabbi Elimelekh de Lyzensck, de Rabbi Moche Isserles et du Tossfot Yom Tov à Cracovie, du Natsiv de Vologin et du Rav de Brisk à Varsovie) mais également de leur richesse culturelle (tombes d'artistes juifs polonais, du célèbre écrivain de langue yiddish Y.L. Perets ou encore du père de l'Esperanto le Dr Zamenhof).

Et puis immédiatement ressurgit le revers de l’admiration dans l'horreur: « Visite » des camps d'Auschwitz et Birkenau, des restes des murs des ghettos de Cracovie et Varsovie, ainsi que des pèlerinages sur les lieux de ceux qui par leur action ont lutté, chacun à sa manière, pour préserver l'humanité profanée. Parmi ces sites visités, notons l'orphelinat de Yanush Korschack, l'usine d'Oscar Schindler ainsi que les lieux marqués par la révolte du ghetto de Varsovie et des ses principaux combattants.

Les journées étaient longues, lourdes et se terminaient par des réunions et débats durant lesquels chacun tentait d'exprimer sa conception de l'histoire et de l'identité juive ou encore la manière dont il faudrait gérer la mémoire collective.

L'objectif du voyage avait été atteint: faire de ses participants des témoins conscients : Être juif fait qu’il incombe à chacun des enjeux, en prendre conscience éveille en nous l'urgence d'une participation active pour la pérennité du peuple juif.

M. Benhamron

Cimetière de Varsovie

Kadich devant létang de Birkenau

Entrée du groupe dans le camp de Majdanek

Synagogue de Tikocin